Partager l'article ! Nos impressions personnelles sur l'Action: Le 20 février, à la veille du départ dans le village de Birpur en bordure du Népal, nous nous somm ...
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Le 20 février, à la veille du départ dans le village de Birpur en bordure du Népal, nous nous sommes réunis afin de nous préparer à la marche. Nous sommes seulement une petite centaine, mais demain nous pourrons transmettre aux autres arrivants ce qu’on a appris aujourd’hui : on commence à nous parler d’organisation, de circulation et à nous apprendre les chants et les slogans qui ne vont plus nous lâcher une minute. Car en effet, chaque jour à partir du cercle du matin à 5h30 où on chante pour se dire bonjour, les slogans ne s’arrêtent plus jusqu’au coucher. Ici quand on regarde autour de soi, tout n’est que désert, du sable à perte de vue. Le directeur du collège où on loge m’a montré des photos d’avant l’innondation, c’est difficile à imaginer, c’était tout vert et il y avait beaucoup plus d’arbres. Sur les murs on peut voir que l’eau est montée jusqu’à 1,20 m, détruisant tout. Les collégiens s’étant réfugiés sur le toit y sont restés coincés durant douze jours, c’est un choc terrible pour eux mais ils ont du courage et sont persuadés que dans quelques années l’herbe reviendra.
Ça y est nous sommes le 21, la marche commence. Deux files se forment, devancées par une banderole et suivies par deux rikshaws à pédales équipés de micro, lancant des slogans à tue-tête. On marche, premier meeting au village avec la population locale ; des meetings comme ça il y’en aura beaucoup, ils nous permettent d’informer la population de leurs droits et de notre mouvement et de s’informer de leurs problemes. Chaque jour un 4X4 d’Ekta va dans les villages aux alentours pour ce même rôle d’information, une liste détaillée des pertes et des problèmes de chaque village est mise en place. De plus, sur la route on distibue des tracts et certains activistes s’arrêtent pour expliquer quand il le faut. Le long des routes beaucoup de gens sont venus s’installer dans des cabanes. Leurs maisons ayant été détruites et leurs terres étant devenues incultivables, ils cherchent de petits emplois qui ne suffisent malheureusement pas à nourrir leur enfants. De plus, le bétail a été décimé, c’est la famine, les enfants nous demandent des biscuits.
Maintenant nous sommes cent cinquante, le groupe prend forme, aujourd’hui nous nous sommes présentés (nous l’équipe de supporters étrangers, nous trois et une jeune Allemande). Les gens nous aiment bien, notre présence a une grande importance pour eux, le fait qu’on soit venus de si loin pour les soutenir les encourage grandement, et de plus les Indiens étant très curieux, même sans rien faire nous sommes l’attraction numéro un de la marche. De jour en jour nous pouvons voir pas mal d’infrastructures détruites, des ponts, des bâtiments et des voies de chemin de fer, et des terres dévastées. Mais rien n’aurait pu nous préparer à découvrir la formation d’un nouveau bras de rivière, d’environ 8 km de long. Ce bras a pris la place de 2000 hectares de terres anciennement cultivables, séparé une région en deux (pas facile à traverser 20 m de large), et a apporté de nouveaux conflits : des familles musulmanes se sont mises à la pêche et des hindous jaloux, étant végétariens, auraient empoisonné la rivière, tuant les poissons. C’est fou le nombre de changements qu’apporte ce genre d’événement, quand on sait que, de part la nouvelle pauvreté de ces districts, ils prévoient beaucoup moins de naissances dans les années à venir, car les gens ne sont pas assez riches pour se marier (problème de dot).
Dans le groupe c’est de mieux en mieux, on participe aux différentes tâches pour le plus grand plaisir des Indiens, et nous avons mis en place un spectacle où on jongle, on joue au diabolo, on danse avec des bolas, on fait les clowns et on chante en même temps. De plus le travail de Rajagopal porte ses fruits, enseignant des valeurs comme la non-violence, le respect, l’écologie. Durant les temps de groupe, aujourd’hui on a pu voir que les verres en plastique n’ont pas été jetés n’importe où mais récupérés ; c’est assez étonnant en Inde car pour eux c’est un réflexe de jeter les poubelles au bord de la route. La marche continue, chaque soir nous nous arrêtons dans des écoles, ainsi que pour les meetings, car c’est le seul lieu public dans les villages. Les médias commencent à s’intéresser à la marche et demandent souvent à nous voir, nos noms sont cités et nos photos apparaissent dans les journaux . Le 27 c’est mon anniversaire, ainsi comme le veut la tradition indienne je donne un chocolat à chaque personne présente dans la marche. Tchandra est malade, sûrement l’eau, bien contaminée il y a six mois, elle reste un danger. Ce soir on s’arrête dans un collège bien abîmé. Le Chief Minister du Bihar y est passé cet après-midi, c’est bientôt les élections, il a annoncé une bonne réhabilitation des cinq districts victimes de l’innondation, mais c’est malheureusement seulement pour gagner quelques voix. Un peu plus loin les terres redeviennent vertes et cultivées, mais ce n’est que pour quelques kilomètres ayant échappé à la catastrophe ; le lendemain c’est à nouveau des étendues d’eau, de sable et des maisons délabrées qui nous attendent.
Puis on arrive enfin à Madhepura, première grande ville. Bonne manifestation et ensuite on a quartier-libre, nous rencontrons les activistes d’UNICEF bien présents ici mais à leur niveau, c’est-à-dire un peu plus loin du terrain. Sinon tous les soirs de la marche il y a une prière, moment de calme bercé par la voix de Rajaji, je crois que c’est important pour les Indiens, étant religieux ça les encourage. Il y a aussi des groupes de partage (sept). Hier matin chaque groupe a partagé une liste de dix problèmes dûs au débordement de la rivière Kosi ; on les a regroupés en vingt-six, en lisant cette liste on a mal au cœur. Ce matin, chaque groupe a parlé de ce que chacun allait faire après la marche, car ils ont acquis des connaissances et une force d’agir à transmettre dans leurs villages. Après ça, c’est à mon tour d’être malade, pas toujours facile de s’adapter. On arrive enfin à Saharsa après treize jours de marche. Nous sommes mille à marcher en ce dernier jour, et à manifester dans la ville, puis plusieurs milliers au meeting. S’ensuivent deux jours de sit-in avec des discours, des chants et des slogans ; encore une fois on se présente, on parle de notre voyage et on chante, il y a environ deux mille personnes. Le premier soir, soirée culturelle avec danse et musique et enfin dernier jour, manifestation dans Saharsa avec sit-in et meeting sur la place principale, nous sommes mille.
Nous avons fait ce mouvement pour revendiquer les droits des victimes de la rivière Kosi, et nous attendions une aide de la part du gouvernement qui après six mois n’a toujours pas agi pour réhabiliter la région, pour l’instant il n’y a rien eu. Mais au moins nous avons pu collecter pas mal d’informations et prendre concience de l’étendue du problème, on va maintenant monter des dossiers et leur chercher de l’aide.
Pablo
J’étais venu pour marcher. On m’avait parlé d’innondation et je connaissais Ekta Parishad. Mais j’étais loin de me douter de ce que pouvaient m’apporter ces deux semaines. La marche n’est pas seulement une lutte, mais aussi un apprentissage qui fait partie de la vie.
Rapidement, je trouvai ma place dans ce grand groupe, et pus donc participer aux diverses tâches. Ces temps de vie communautaire se partageaient principalement matin et soir lors des campements. Durant la journée, chacun œuvrait plus spécialement à une tâche selon son propre groupe et je profitais de ce temps pour me rendre compte de l’ampleur des dégâts. Le paysage était trise à voir. De sable fin à perte de vue, des maisons coupées en deux aux toits posés comme de vulgaires feuilles mortes.
De temps à autre nous nous interrompions pour un meeting qui, malgré la gravité de la situation, respirait une certaine joie exprimée par des chansons.
De part ma culture française, j’appréciai grandement la forte volonté de s’en sortir. Il suffisait la plupart du temps d’écouter avec quelle hargne les slogans étaient criés.
Ensemble, nous avons cherché à comprendre le problème, à l’analyser et à le synthétiser pour au final rendre un rapport au gouvernement.
Cet entraînement était aussi fait de manière à ce que la fin de la marche ne soit pas une fin en soi, mais que chacun puisse œuvrer à son retour chez soi.
Merci à tous ces gens de nous avoir accueillis pendant ces quinze jours et d’avoir pris le temps de traduire le fil de l’histoire.
Julien
Quand je suis arrivé dans la marche, je n’étais qu’un spectateur, je n’étais qu’un témoin. Mais comme tous les participants, qui sont venus de districts différents, d’états différents et même de pays étrangers, j’ai profité de la stratégie d’Ekta Parishad pour m’intégrer peu à peu dans la lutte et dans le groupe.
En effet, en plus d’être une action efficace, la « padyatra » (marche) offre une excellente formation à la non-violence et à la vie de groupe. Deux fois par jour, les marcheurs sont réunis dans des temps d’enseignement et de partage, qui, avec les repas communs et la prière quotidienne, contribuent à souder l’équipe, à expliquer le fonctionnement de la lutte et à éduquer la non-violence (théorique et pratique). Et le fruit des expériences acquises est partagé et multiplié dans les fréquents échanges en petits groupes. Si bien que, après deux semaines de marche, chacun des deux cents marcheurs présents depuis le départ sera capable de gérer cent manifestants lors du sit-in final à Saharsa. Pendant les derniers jours, chaque groupe s’est aussi vu attribuer un rôle, discuté et préparé ensemble, pour cette manifestation : qui s’occupera des médias, qui des avocats, qui de l’animation, qui des villageois, etc.
J’ai été aussi très impressionné par l’organisation redoutable de l’action (qui manque tellement dans les manifs françaises). Chaque personne a sa place à tenir, chaque solgan a sa raison d’être (qui est expliquée), chaque jour est une nouvelle étape dans la lutte, mais aussi dans la construction du groupe et dans la formation personnelle. Le groupe est hiérarchisé, pour une meilleure gestion, mais même les responsables, même les leaders et même Rajagopal servent la nourriture et participent aux tâches courantes. J’ai vraiment ressenti la « padyatra » comme un tout, pas uniquement comme une manifestation, mais aussi comme une communauté itinérante, comme une très bonne école et comme une formation spirituelle.
Le thème de réflexion d’un des derniers jours était : « qu’est-ce que je vais faire de tout ce que j’ai appris quand je retournerai chez moi ? ». Je n’ai pas encore de réponse précise, mais c’est sûr qu’après avoir vécu ces quinze jours si intensément, je suis plein de motivation et plein d’idées pour adapter en France la stratégie d’action d’Ekta Parishad.
Tchandra
Ce qu'on nous en dit